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« On n’est jamais si bon médecin que lorsque l’on communique bien »
Médecin adjointe du chef de service de médecine interne au parcours solidement ancré aux HUG, Pauline Darbellay Farhoumand consacre une partie de son activité et de son énergie à la formation des futures générations de médecins. Elle attache une importance particulière à la communication en milieu clinique, contribuant ainsi à transmettre une pratique médicale fondée sur la qualité de la relation thérapeutique, l’écoute et la collaboration au service des patientes et des patients.
Quel a été votre parcours professionnel ?
Je suis d’origine valaisanne, j’ai grandi dans une famille avec un père médecin généraliste dans un petit village, qui était pleinement dévoué et adoré par ses patientes et patients. Il est sans aucun doute mon premier exemple et mentor. J’ai décidé de faire mes études à Genève car, à l’époque, j’étais déjà intéressée par le système d’enseignement par résolution de problème, où les professeurs sont très proches des élèves. Genève était la seule université de Suisse à avoir développé cette approche. J’ai ensuite commencé ma formation post-graduée en médecine interne à l’Hôpital de Nyon, puis à l’Hôpital de la Tour, avant de rejoindre, en 2007, le Service de médecine interne générale des HUG que je n’ai plus quitté. J’y ai fait ma carrière d’interne, puis de cheffe de clinique, et j’ai été nommée médecin adjointe en 2017.
En quoi consiste votre rôle en tant qu’interniste ?
Comme interniste, je suis une « complexiviste » - c’est-à-dire que je m’occupe d’adultes qui souffrent de pathologies souvent multiples et complexes. En moyenne, les patientes et patients suivis dans le service présentent onze comorbidités, ce qui nécessite des connaissances étendues et une vision synthétique. Nous les aidons à se diriger dans leur parcours de vie et de soins en fonction de leur situation particulière et de leur entourage, depuis la démarche diagnostique jusqu’aux décisions thérapeutiques, et mobilisons d’autres spécialistes lorsque c’est requis. Nous assumons un rôle plus que jamais central. Dans une médecine de plus en plus fragmentée, les patientes et patients ont besoin d’un médecin qui défende une vision cohérente de leur santé. L’interniste devient alors leur point d’ancrage, leur référent, parfois même leur porte-parole. Cette nécessité de maîtriser de vastes connaissances médicales, mais aussi de se montrer à l’écoute pour tenir compte de chaque individu, son contexte et ses priorités, correspond à ce qui m’a toujours attiré dans ce métier.
Pouvez-vous en dire plus à ce sujet et, plus largement, sur votre activité d’enseignement ?
Une part importante de mon enseignement intègre précisément ces dimensions. C’est celle qui me tient le plus à cœur et que j’ai hérité d’une de mes mentors, la Professeure Louis Simonet. Je m’intéresse à la communication en milieu clinique, c’est-à-dire la qualité de la relation entre les patientes et patients et les médecins. Je pense fondamentalement que c’est là que se trouve la clé, car au-delà de nos connaissances et compétences techniques, on n’est jamais si bon médecin que lorsque l’on communique bien. C’est un aspect que j’intègre dans tous mes cours, parce que la relation et la communication améliorent aussi la capacité à diagnostiquer. J’enseigne aussi des stratégies pour faire face aux impasses et aux frustrations dans la pratique clinique, parce que leur apprendre à gérer la complexité des relations est une manière de protéger les médecins, dans un métier où l’usure et les burn-out sont fréquents. J’aime varier les modalités et les formats d’enseignement, en intégrant des patientes et patients acteurs, en utilisant des mannequins dans des laboratoires de simulation, ou en revenant aux bases, en tête-à-tête, au lit du malade. Ce qui me plaît particulièrement, c’est que ces interactions sont aussi, pour moi, des espaces d’apprentissage continu.
Quelle est la place de la formation dans votre activité clinique ?
Nous avons, dans notre service, entre 150 médecins internes, chefs et cheffes de clinique, et accueillons chaque année environ 270 étudiantes et étudiants en médecine. Il y a environ 20% des médecins en Suisse qui détiennent un titre de spécialiste en médecine interne, qui reste de loin la première spécialisation. Nous avons donc une vraie mission de formation des futures générations de médecins, tant hospitaliers que de premier recours. Il est essentiel de leur transmettre la flamme. Toute l’énergie que je me mets dans mes cours à la faculté et avec mes internes, c’est dans l’espoir de leur transmettre la passion que j’ai pour mon métier, pour les relations humaines et pour les patientes et les patients.
Quels sont les autres défis que vous rencontrez ?
L’un des grands enjeux est de concilier l’exigence d’efficience, indispensable dans le contexte actuel, avec le temps nécessaire à une prise en charge humaine et approfondie. La charge administrative et la complexité croissante du système peuvent éloigner les médecins du lit de la personne hospitalisée, alors que c’est précisément là que se joue le sens du métier. En même temps, il est indispensable d’avoir des dossiers de patientes et de patients qui soient impeccables, car ce sont nos instruments de travail. J’espère que l’intelligence artificielle va nous faciliter l’activité de documentation et administrative, même si je suis aussi consciente de ses risques et ses limites.
Quel est le moteur de votre engagement ?
Je ressens une forte responsabilité envers la population de former de bons médecins. Cela me nourrit de savoir que je contribue à l’émergence d’une nouvelle génération de collègues compétents et curieux. Les patientes et patients sont aussi une source de satisfaction et de motivation. J’ai la chance d’exercer un métier qui est aussi ma passion, et je fais tout mon possible pour que celle-ci soit contagieuse.