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« Les métiers du soin sont porteurs de sens et se construisent collectivement, dans la solidarité »
Infirmière de formation, Sandra Merkli a consacré toute sa carrière aux HUG. De la chirurgie à l’anesthésie, puis à des fonctions d’encadrement jusqu’à la Direction des soins, elle a accompagné de profondes évolutions des métiers soignants et des modes de management. À la tête de plus de 6 000 professionnelles et professionnels issus de plusieurs filières, elle défend un leadership fondé sur la confiance, l’audace, la co-construction et l’adaptation constante aux besoins des patientes, des patients et des équipes.
Quel a été votre parcours professionnel ?
J’ai suivi une formation d’infirmière à Genève. Au terme de mon cursus, je me destinais aux soins à domicile. Une infirmière m’a néanmoins conseillée d’aller d’abord faire mes armes aux HUG. J’ai suivi ce conseil et j’y suis toujours, quarante et un ans plus tard ! J’ai débuté en chirurgie, puis une rencontre au bloc opératoire a été déterminante. En observant une infirmière anesthésiste, j’ai compris que c’était cette spécialité qui m’attirait. J’ai suivi la formation en cours d’emploi et exercé plusieurs années en anesthésie, dans des contextes variés, de la neurochirurgie à la chirurgie pédiatrique. J’ai ensuite pris des responsabilités d’encadrement, d’abord comme responsable d’équipe dans le Service d’anesthésie, puis comme adjointe de la responsable des soins en chirurgie. En 2001, j’ai été nommée responsable des soins du département d’anesthésiologie, pharmacologie et soins intensifs. Après neuf ans dans cet environnement hautement spécialisé, j’ai accepté un défi en prenant la tête du département de médecine interne, réhabilitation et gériatrie, un univers que je connaissais peu. Ce poste m’a obligée à découvrir de nouveaux concepts de prise en soins et surtout à me réinventer sur le plan managérial, à déléguer davantage à l’équipe d’encadrement. Puis, en 2017, j’ai été nommée directrice des soins.
En quoi consiste votre rôle en tant que directrice des soins ?
La Direction des soins collabore étroitement avec la Direction médicale et qualité. Mon rôle consiste à accompagner la politique médicale en faisant valoir l’expertise des filières qui me sont rattachées, à savoir les infirmières et infirmiers, les sage-femmes, les aides en soins et santé communautaire (ASSC), les aides en soins et accompagnement (ASA), ainsi que les professions médico-thérapeutiques qui regroupent la physiothérapie, l’ergothérapie, la diététique et la nutrition, ainsi que les techniciens et techniciennes en radiologie médicale. Cela représente plus de 6 000 personnes. Je travaille également en étroite collaboration avec les autres directions, notamment les ressources humaines, afin de veiller aux conditions de travail, au maintien et à l’évolution des compétences et à l’adaptation des pratiques. Les connaissances médicales évoluent très rapidement et nos métiers doivent suivre ce rythme. Cela implique une formation continue exigeante, une montée en compétences régulière, l’intégration des données probantes et une veille permanente des nouveaux savoirs.
Quels sont les grands enjeux auxquels vous êtes confrontée ?
Le premier enjeu est la pénurie de personnel soignant. Malgré des efforts importants de formation et de financement, nous faisons face à un désenchantement du métier et à des abandons en début ou en cours de carrière. Ce sont des professions magnifiques mais exigeantes, qui demandent un engagement humain fort, de la rigueur et une capacité à se remettre en question. La charge physique, les contraintes horaires et le poids émotionnel lié à la souffrance ou à la fin de vie rendent la conciliation entre vie professionnelle et vie privée parfois difficile. Nous sommes passés d’une logique où l’on organisait sa vie selon la planification des horaires à une réalité où le travail doit s’adapter aux contraintes et aux choix individuels. Le management doit se transformer en conséquence. Un deuxième enjeu concerne l’adaptation des profils professionnels. Avec les accords de Bologne, de nombreux métiers s’acquièrent dans les HES avec l’obtention de niveaux bachelor, master, voire doctorat. Il nous faut proposer des trajectoires diversifiées intégrant expertise clinique, formation et recherche. Enfin, nous devons nous adapter à l’évolution des besoins en santé et des attentes de la population. Certaines professions s’acquièrent par la voie de l’apprentissage, ce qui n’existait pas au début du 20ème siècle dans le domaine de la santé.
Quels ont été les faits marquants en 2025 ?
Je retiens particulièrement le travail collectif mené au sein du Comité de direction pour élaborer le plan stratégique 2026–2030 en collaboration avec toutes les parties prenantes. Ce fut un moment fort d’alignement institutionnel. Par ailleurs, je suis très attachée à la nouvelle gouvernance de la Direction des soins mise en place depuis 2024. Nous avons repensé l’encadrement des équipes en développant un modèle qui associe un responsable d’équipe centré sur le leadership et l’accompagnement managérial à une expertise clinique avancée. Cette complémentarité permet de conjuguer excellence managériale et excellence clinique au service du soin. Le dispositif sera déployé progressivement jusqu’en 2030 et les premiers retours du terrain sont très enthousiasmants.
Quelles sont vos sources de satisfaction au quotidien ?
Ce sont avant tout les rencontres humaines. Ce qui me motive, ce n’est pas le titre, mais le travail collectif en amont d’une décision, la réflexion partagée et l’accompagnement des équipes. Je crois profondément à la co-construction, convaincue que l’on est toujours mieux éclairé à plusieurs lanternes. Voir des collègues évoluer, prendre confiance et s’épanouir est une grande satisfaction. Je suis convaincue que ce qui reste d’un parcours, ce sont les personnes que l’on a accompagnées dans leur propre cheminement professionnel. Il y a aussi ces petites améliorations concrètes qui bénéficient aux patientes et aux patients. Parfois, ce sont des changements discrets mis en place il y a des années et devenus évidents aujourd’hui. Savoir que l’on a contribué, même modestement, à ces avancées est profondément gratifiant.
Quel est le moteur de votre engagement ?
J’ai eu la chance d’évoluer dans une institution qui m’a permis de m’épanouir professionnellement et personnellement. Ce qui m’anime, c’est le travail en équipe, la confiance accordée, la capacité à faire grandir les projets ensemble. À l’approche de la fin de ma carrière, je pars avec le sentiment d’avoir participé à quelques belles réalisations. Au-delà des difficultés mises en lumière ces dernières années, je reste convaincue que ces métiers sont profondément humains et qu’ils se construisent collectivement, dans l’engagement et la solidarité.